lundi 29 décembre 2014

vendredi 19 décembre 2014

La route est claire


La route est claire. Ne t'encombre pas de soucis.
Le détachement est là.
La lumière est ton problème.
Agis. Sois net. Veuille. Ose. Tranche. Décide.
Les photos obéiront. Décide.

Au seuil d'un nouveau chemin, tu médites.
La parole est ta voie.
Domine la crainte obscure de dissoudre le corps.
Viens au plus haut sommet. Tu pourras en descendre.

Ne sors pas du concret. Sonde ta profondeur.
Tu verras s'allumer le fanal de la tête
Au creux obscur et froid du puits fermé, sans voix.

L'éclair seul est droit. Suis sa route impavide.
Ose descendre au fond de la matière froide.
La vie est là, cachée, gonflant l'écorce dure.
Impulse à ta pensée l'orient généreux.
L'à venir est en train.
Forme la coupe lucide où le présent se fait.
Alain, 05/10/1993


dimanche 27 avril 2014

Jour de naissance






Voici, le semeur sortit pour semer.
Quand il sema, la semence tomba sur le bord du chemin.
L'oiseau vint et la mangea.
Une autre tomba sur le roc où il n'y avait guère de terre, 
aussitôt elle poussa car il n'y avait pas de profondeur de terre.
Mais quand le soleil se leva, elle devint brûlante, 
et comme elle n'avait pas de racines, elle se dessécha.
Une autre tomba dans les épines, les épines montèrent et l'étouffèrent.
Une autre tomba dans la bonne terre et donna du fruit, cent fois, soixante fois, trente fois.
Qui a des oreilles pour entendre, entende !
(Matthieu 13, 3-12)

hier l'oubli à naître sur la branche 
aujourd'hui trois volutes ont crevé le ciel
les pages blanches
s'écrivent dans la lumière
et se lisent au plus profond de la nuit
trois fleurs pour une étincelle
au creux de ta main

jeudi 13 mars 2014

Les trois danses



 « […] Alors j’ai commencé une danse que je ne connais pas, une danse qui a coulé dans mes gestes en mouvements souples, lents ou rapides, suivant un rythme inconnu… J’ai dansé, c’est-à-dire que pour la première fois de ma vie, j’ai compris ce qu’était une danse : je m’étais ouverte à la vie dansante qui nous anime toutes et tous. Je dansais bien sûr la danse des éléments : je dansais l’eau, le feu, la terre, l’air, je dansais la montée de la sève, je dansais l’hiver, la force du printemps, je dansais la joie de mourir, la joie de vivre, la joie de naître, je dansais la course du temps, je dansais l’espace qui s’enroule sur lui-même. Je dansais aussi la danse des aurores boréales, le souffle qui vient d’ailleurs, je dansais la connaissance qui s’insinue dans chaque articulation, qui pénètre dans un corps, qui coule dans la cellule… Je chantais la connaissance infinie qui fait s’épanouir la feuille : elle venait dans mes yeux et mes yeux scintillaient, je les sentais pulser.
J’ai compris que mes yeux donnent la lumière autant qu’ils la prennent et c’était une joie étonnante pour moi de vivre la pulsation de mes yeux. Je sentais que mon œil droit et mon œil gauche fonctionnaient en un balancement lent et puissant en deux dimensions différentes. J’ai perçu ce double balancement gagner ma tête, et à l’intérieur de ma tête, une pulsation lente et irrésistible. J’étais animée par cette pulsation qui a gagné lentement tout mon côté droit et tout mon côté gauche. Au-dessus de ma tête, une zone de silence, un espace silencieux s’est formé qui, lui aussi, entrait dans la danse, un silence pulsatoire … et là, la pulsation jumelle accueillait le Troisième, Celui dont je ne peux rien dire, le feu subtil, l’intense, la source, l’abstraction vivante, le germe, la semence.
Alors j’ai connu le mouvement et j’ai compris que le mouvement c’est une superposition harmonieuse de trois danses : la danse musculaire, la danse intérieure du rythme des énergies et la vibration incroyablement rapide de l’Esprit qui module des sons qui, à eux seuls, sont d’éclatantes symphonies… J’ai dansé les trois, j’ai dansé les trois simultanément. […] »
Extrait
Alain Masson, La Lumière qui voit, document de travail, janvier 1998, p.52
C’est Jeanne, un personnage du récit, qui nous raconte.

dimanche 1 septembre 2013

Soirée d'été



Merci


Dans le passage du temps,
la soirée est immobile,
empreinte d'un parfum d'éternité.
Une couronne est posée sur la tête de chaque plante.
Je les ai écoutées et elles m'ont parlé.
Elles m'ont dit : Nous sommes à la fois de passage et de toujours,
nous sommes garantes d'une continuité naïve,
d'un souffle qui respire le printemps,
d'un chemin de profondeur
qui écoute le bruit du vent et celui de l'oiseau
qui est là vivant au-dessus de sa nichée.
Nous respirons vos miasmes putrides,
nous écoutons vos désirs,
mais nous sommes impuissantes à vous contenter.
Complexes, vous l'êtes dans vos mouvements, vos voix,
vos objets qui vous obéissent au doigt et à l’œil
quand ils ne se rebellent pas.
Vous êtes de la matière incrustée qui se croit solide
mais qui chancelle.
Vous êtes une voix qui pourrait faire chanter les montagnes
si vous vouliez toucher leurs profondeurs.
Vous êtes un chant qui démarre du sommet des étoiles
et rejoint le centre cosmique.
Vous êtes la vie, une vie qui peut dépasser la douleur,
la pauvreté, la censure,
une vie qui peut dire au monde : « J'accouche de toi, Seigneur. »
                                          Yannick 

Lire le texte en espagnol

mardi 9 juillet 2013

« Le Seigneur c’est le Souffle, et où est le Souffle du Seigneur est la liberté » 2Corinthiens 3,17.

RRDT
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   
Alain est parti, mais ne nous a pas quittés. 
Il est parti au début de l’année nouvelle, comme en fermant la porte à l’ancien, et laissant grande ouverte, et pleine de possibilités, la porte de la nouveauté. Lui qui usait avec maestria du langage symbolique, qui est le langage de la conscience, la poésie de l’âme (dans L’Alphabet des Commencements, il avait écrit que le langage poétique – de la poésie véritable – est le seul langage véritablement scientifique), je pense aujourd’hui qu’il a tout donné, jusqu’à l’extrême limite, pour qu’il en soit ainsi……….  Exactement ainsi, comme son propre travail, comme la poésie de sa science, comme la science de sa poésie.



Je le pense maintenant, toujours en pleurant à chaque fois que je pense à lui, parce que jusqu’à ce que Françoise nous appelle pour nous annoncer la nouvelle, j’avais toujours cru qu’il se remettrait. La part irremplaçable de son enseignement, unie à l’intimité de son amitié est pour moi comme la lumière du printemps, et des automnes, trop chérie, trop intime pour supporter les hivers sans son souvenir ni sans son espérance. Je ne peux pas revivre ce souvenir sans cette espérance. Cette espérance n’a pas la même profondeur sans son souvenir. Pour cela Alain nous a laissés en ouvrant au milieu de l’hiver la porte de l’an neuf, pour que nous cherchions, enquêtions, grandissions, investiguions, décodions les signes d’une espérance renouvelée, plus vraie en ce sens qu’il n’y a ni coupure ni séparation entre le monde printanier où se manifeste la Lumière véritable, et le monde automnal où il nous a appris à la déposer, à la recueillir.

Est venu un silence, un silence énorme comme le silence qui pouvait venir avec son départ, qui m’a poussé à écrire un court texte, à peine trois traits d’esquisse, à peine une photo.





Le second trait que je voudrais mentionner est qu’avec Alain, la photographie revenait à son origine, mais à son origine étymologique, qui est écriture (graphos) de Lumière (photo). Cela revenait à être, comme au début de l’évangile de Jean, un dialogue. Parfois c’est la lumière qui nous écrit. Parfois c’est nous, comme le témoin – l’homme appelé Jean – qui écrivons. Ainsi advient quelque chose qui est un art objectif – une science de la conscience – qui tient beaucoup d’une forme passionnante de méditation. Pour cela il est si difficile de nommer le travail qu’il a fait et partagé avec nous. Il résistait à donner un nom définitif. Parfois cela paraissait de la théologie, parfois de la linguistique, ou encore de la psychologie, fréquemment de l’ART, parfois de la guérison. C’était toujours de l’écriture de lumière, mais écriture dialogique, de Lumière vivante, de Lumière de Lumière.

Le troisième trait est que grâce à lui en premier lieu, mais aussi grâce au groupe de personnes qui l’ont accompagné et soutenu de façon inconditionnelle, Alain Masson a pu poursuivre ce travail dans une liberté continue et surprenante, en ces temps d’esclavage parfois brutal, plus subtil à d’autres moments, en payant un fort prix pour cela. Affranchissement des catégories, libération des hypothèques, sans feinte, formalisme ou institutions, libre des structures et par-dessus tout, de dogmatisme.

Cela lui a accordé la liberté, et de là le mouvement. Et lui a demandé (et nous demande à nous tous) à son tour un si grand sens de responsabilité, ce qui veut dire tant de responsabilité du sens.



La Lumière qui écrivait à Alain, et celle qu’écrivait Alain est Lumière de Liberté, qui nous donne, grâce au dynamisme de son mouvement, au début une grande soif de liberté, puis quand nous nous familiarisons avec elle, une grande sensation de liberté, un grand sentiment de liberté, une grande liberté de pensée, une parole libre. C’est pour cela qu’il insistait autant sur le mouvement. Pour cela il évitait de jamais se répéter, pour cela il était un initié, ce qui veut dire celui qui est  toujours dans un commencement, et pour cela chaque commencement était encore plus nouveau, plus surprenant, c’est-à-dire plus original. Pour cela c’est la Lumière véritable, parce qu’elle est véritablement Lumière, Lumière vivante, même quand, pour s’approcher de nous elle permettait par amour que nous la notions sur le papier. Pas pour l’enfermer, mais pour ouvrir la prison de papier et la remplir de possibilités neuves, insoupçonnées, comme la première feuille du premier jour du calendrier neuf de l’année nouvelle, en ce jour de l’année où, sans nous laisser, simplement en marchant devant nous en éclaireur, Alain Masson s’en va.

Sans nous laisser. Simplement pour qu’en nous rencontrant, nous le rencontrions de nouveau.

Txepetx.

Josse, le 11 janvier 2010.